Suite aux violentes incursions des gangs dans le quartier de Carrefour Feuille en août 2023, des milliers de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers pour échapper à l’insécurité et aux menaces pesant sur leurs vies. Depuis lors, ces familles, toujours sans abri, ont trouvé refuge dans divers établissements de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Parmi eux, le lycée Anténor Firmin, situé à l’avenue Charles Sumner, non loin de l’OAVCT, s’est transformé en camp de réfugiés pour accueillir ces déplacés internes.
Cependant, au milieu de cette crise humanitaire, les personnes les plus vulnérables — notamment les handicapés — font face à des défis supplémentaires. Stigmatisés, négligés et souvent maltraités, ils tentent de survivre dans des conditions déplorables. C’est dans ce contexte que nous avons visité ce camp de réfugiés pour mettre en lumière la réalité vécue par ces personnes, déjà marginalisées dans une société en crise.
Dans ce camp de réfugiés où se mêlent souffrance et résilience, Bedja, une fillette de douze ans, tente de surmonter les obstacles que lui impose sa condition. Handicapée et traumatisée, elle exprime son calvaire quotidien :
« Quand je suis couchée, certaines personnes jettent de l’eau sur moi. Parfois, quand je passe, des gens me poussent parce que je suis handicapée, » raconte-t-elle avec une douleur palpable. Malgré les démarches de certaines instances pour prendre son nom et promettre un suivi, sa mère témoigne de l’absence d’actions concrètes :
« Elle est tellement traumatisée qu’à plusieurs reprises, elle me dit qu’elle veut boire du Clorox pour mettre fin à ce calvaire. »
À quelques pas de Bedja, Marie Andrée, une femme handicapée d’une soixantaine d’années, vit dans ce camp depuis environ un an. Victime d’actes discriminatoires, elle dénonce l’injustice qui frappe les plus vulnérables :
« Les jeunes me malmènent, ils me maltraitent parce que je suis handicapée, » confie-t-elle. Malgré les discours qui promettent une prise en charge prioritaire des personnes handicapées, elle révèle une tout autre réalité :
« Quand les kits arrivent, ce sont les plus robustes qui les prennent, pas les handicapés qui en ont pourtant le plus besoin. »
Yolaine, une autre résidente sexagénaire du camp, porte sur son visage les stigmates de la tristesse. Elle se souvient des jours plus heureux avant que sa vie ne bascule :
« Les bandits m’ont tout pris. Mon fils m’avait offert un pick-up pour aller chercher de l’eau et la revendre, mais ils m’ont tout volé. Ils ont même brûlé ma maison, » raconte-t-elle en pleurs. Malgré les visites d’organisations, Yolaine affirme qu’elle n’a jamais rien reçu :
« Quand ils viennent donner quelque chose, je ne trouve jamais rien, » ajoute-t-elle, désespérée.
Jacques, quant à lui, a perdu une jambe lors des attaques des bandits à Carrefour Feuille. Il décrit un quotidien fait d’humiliation et de violence :
* »À chaque fois que des instances viennent pour distribuer des kits, quand je tente de faire valoir mes droits, je reçois des injures et des bousculades, »* déplore-t-il. Avec amertume, il conclut :
« Nous, les handicapés, n’avons aucun respect dans ce camp. »
La situation des personnes handicapées dans ce camp de réfugiés demeure alarmante. En plus de fuir la violence des gangs, ces individus doivent affronter une autre forme de violence : l’indifférence et la marginalisation. Après plus d’un an passé dans ces conditions précaires, leur situation n’a guère évolué. Leur voix, bien qu’exprimant une douleur profonde, continue d’être étouffée par un silence qui dure.
Combien de temps encore devront-ils attendre avant que leur dignité ne soit reconnue et leurs droits rétablis ?
Juste un clin d’œil !