Cinq ans se sont écoulés depuis les coups de feu qui ont brisé la nuit du 7 juillet 2021 et bouleversé l’histoire d’Haïti, plongeant le pays dans l’une des plus graves crises de son histoire récente. Plus qu’un Chef d’État en exercice, c’est l’autorité même de l’État qui a été frappée. Depuis, le pays peine à retrouver une stabilité politique, institutionnelle et sécuritaire.
Ce drame a bouleversé le destin d’Haïti. L’émotion était immense, tout comme l’espoir de voir la justice établir rapidement les responsabilités. Cinq ans plus tard, la vérité reste partielle et les principales interrogations demeurent : qui a réellement planifié cet assassinat ? Qui l’a financé ? Quels intérêts politiques et économiques se cachaient derrière ce complot ?
Deux procédures judiciaires avancent en parallèle. Aux États-Unis, la justice fédérale s’est concentrée sur les personnes ayant utilisé la Floride pour préparer et financer l’opération. Plusieurs accusés ont déjà été condamnés ou reconnus coupables. Plus récemment, un jury fédéral de Miami a déclaré coupables Antonio INTRIAGO, Walter VEINTEMILLA, James SOLAGES et Arcángel Pretel ORTIZ pour leur implication dans la planification et le financement du complot. Les procureurs américains soutiennent que des entreprises établies dans le sud de la Floride, notamment CTU Security et Worldwide Capital Lending Group, ont servi de base logistique. Selon l’accusation, le projet visait d’abord à enlever le 58e président d’Haïti avant d’évoluer vers son assassinat.
Ces condamnations constituent une avancée importante, mais elles ne répondent pas à toutes les questions. Le procès américain est limité à la responsabilité pénale des accusés poursuivis devant la justice fédérale. Il ne vise pas à identifier l’ensemble des commanditaires ni les éventuels réseaux politiques ayant participé à la préparation du crime.
En Haïti, l’enquête a suivi un parcours beaucoup plus difficile. Depuis 2021, plusieurs juges d’instruction se sont succédé, ralentissant considérablement la procédure. L’ordonnance rendue par le juge Walter Wesser VOLTAIRE, qui avait conduit à l’inculpation de 51 personnes, dont l’ancienne Première Dame Martine MOÏSE, a finalement été annulée par la Cour d’appel de Port-au-Prince. Celle-ci a ordonné un supplément d’information et confié le dossier au juge Jean Denis CYPRIEN.
Depuis sa désignation, le magistrat instructeur a repris les investigations en multipliant les auditions, les convocations et les mandats d’amener. Plusieurs personnalités politiques, judiciaires et médiatiques ont été appelées à comparaître, tandis que des avis de recherche ont été lancés contre certains suspects. Malgré cette relance, le dossier continue d’évoluer dans un contexte marqué par l’insécurité, le manque de ressources et les pressions qui compliquent le travail de la justice.
Au-delà de l’enquête, l’assassinat de Jovenel MOÏSE a marqué un tournant dans la crise haïtienne. Depuis cinq ans, les institutions se sont davantage affaiblies, les élections n’ont toujours pas permis de rétablir un ordre constitutionnel durable et les groupes armés ont considérablement étendu leur influence. Les enlèvements, les massacres, les déplacements forcés de population et la paralysie de nombreux services publics illustrent l’ampleur de cette dégradation.
Cinq ans après, l’assassinat de Jovenel MOÏSE dépasse largement le cadre d’un simple dossier criminel. Il est devenu le symbole des fragilités de l’État haïtien, de l’affaiblissement de ses institutions et des difficultés de son système judiciaire à faire toute la lumière sur un crime d’une telle ampleur.
Le devoir de mémoire ne consiste pas uniquement à rappeler les faits. Il impose aussi d’exiger que toute la vérité soit établie. Car un pays ne peut espérer reconstruire la confiance lorsque l’un des événements les plus marquants de son histoire récente demeure entouré de tant de zones d’ombre.
La justice ne ramènera pas Jovenel MOÏSE. En revanche, elle demeure indispensable pour identifier tous les responsables, combattre l’impunité et réaffirmer qu’aucun crime contre la République ne peut rester sans réponse. C’est à cette condition que le 7 juillet cessera d’être seulement la date d’un drame national pour devenir celle d’un engagement durable en faveur de la vérité, de la justice et de l’État de droit.
Juste un clin d’œil !