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Éditorial

Éditorial : Mirebalais : Un an d’exil, un an d’agonie, le cri d’une ville assassinée par l’indifférence

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Le 31 mars 2025, le cœur battant du Plateau Central s’est arrêté sous les salves assourdissantes des fusils d’assaut. Aujourd’hui, 31 mars 2026, cela fait exactement 365 jours que les fils et filles de Mirebalais errent, comme des ombres déchues dans leur propre pays, chassés de leurs foyers par la terreur brutale des gangs. Entre le silence de Port-au-Prince et les querelles intestines d’une élite locale déconnectée de la souffrance de son peuple, la ville logeant l’Hôpital Universitaire de Mirebalais (HUM), plus grand centre hospitalier du pays, est devenue le tombeau des espoirs d’une population aux abois, sacrifiée sur l’autel de l’impuissance organisée.

Il y a un an, Mirebalais n’était pas seulement une ville sur la carte géographique du pays. Elle était un carrefour de vie, une terre d’accueil hospitalière et un poumon économique vital pour toute la région du bas Plateau Central. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’un territoire balafré, une zone interdite où le droit de vie et de mort appartient à des seigneurs de guerre qui ne connaissent que le langage du plomb et de la désolation.

Le spectacle est déchirant car des familles entières, qui ont bâti leur existence à la sueur de leur front sur plusieurs générations, se retrouvent aujourd’hui éparpillées à Hinche, Lascahobas, ou entassées ailleurs dans des abris de fortune insalubres. Être réfugié dans son propre département et son propre pays est une insulte insupportable à la dignité humaine. Derrière chaque déplacé, il y a une entreprise ou une maison pillée, une récolte abandonnée et le souvenir lancinant d’un proche tombé sous les balles ou, encore, d’une femme humiliée dans sa chair par la barbarie. L’exil intérieur est une blessure qui ne se referme pas, une errance sans fin sous le soleil brûlant de l’indifférence.

Le naufrage moral des élites locales

Le plus tragique dans cette descente aux enfers n’est pas seulement la puissance de feu des envahisseurs, mais l’impuissance méticuleusement entretenue par ceux qui prétendent diriger la cité. À l’élite mirebalaisienne, composée d’intellectuels, de politiciens et de notables, la question doit être posée froidement et sans détour. Combien de cadavres faudra-t-il encore compter pour que vos ambitions personnelles et vos calculs mesquins s’effacent enfin devant l’impératif du salut commun ?

Pendant que la population boit la lie de l’humiliation et de la faim, les ténors de la politique locale s’embourbent dans des divisions stériles, incapables de former ce front commun indispensable pour reprendre la ville. Cette désunion est une véritable aubaine pour les bandits qui se nourrissent de ces vides.

Chaque minute perdue, en querelles de clocher pour savoir qui dirigera les ruines de demain, est une minute de règne supplémentaire accordée aux bourreaux de la ville. L’histoire retiendra, avec une sévérité implacable, que face à l’urgence absolue, vous avez choisi de soigner vos egos plutôt que de secourir vos frères qui gisent dans la poussière.

L’abandon complice du pouvoir central ?

Que dire des autorités centrales nichées dans leurs bureaux climatisés à Port-au-Prince ? Le regard tourné vers les jeux de pouvoir et les intrigues vides de sens, le Gouvernement semble avoir purement et simplement rayé Mirebalais de la carte nationale. Cette indifférence étatique n’est pas seulement une négligence, elle traduit un abandon par omission.

On ne peut prétendre gouverner un pays ou réclamer la souveraineté quand on laisse l’une de ses villes les plus stratégiques mourir à petit feu sous les yeux du monde entier. Envoyer des messages de sympathie ou des promesses de restauration de l’ordre ne suffit plus à apaiser la colère de ceux qui dorment sur le béton.

Il faut, aujourd’hui, une action d’envergure, une reprise totale du territoire et une sécurisation réelle qui permette aux agriculteurs de retrouver leurs terres et aux commerçants de rouvrir leurs portes sans craindre pour leur vie. L’autorité ne se discute pas seulement dans les salons, elle se prouve par la protection effective du territoire.

L’urgence d’un sursaut de conscience

En ce triste et douloureux 31 mars pour les Mirebalaisiens, il n’est plus l’heure des discours mielleux ni des promesses électorales lointaines. Votre légitimité de gouvernants se mesure uniquement à votre capacité à protéger le dernier des citoyens contre la fureur des gangs. Sans une ville de Mirebalais libérée et nettoyée de ses parasites armés, votre autorité n’est qu’une fiction ridicule et une trahison envers la nation.

Vous, les notables de la cité, réveillez-vous enfin car la terre de vos ancêtres vous glisse entre les doigts pendant que vous discutez de préséances. Unissez vos forces, vos réseaux d’influence et vos moyens financiers pour exiger et soutenir activement la libération de la ville. Le silence et l’inaction font de vous les complices silencieux de l’occupation.

Mirebalais ne peut pas et ne veut pas attendre une année supplémentaire dans cette agonie. La résilience légendaire des Mirebalaisiens a atteint son point de rupture définitif, et la patience a laissé place à un désespoir qui pourrait bientôt se transformer en une fureur incontrôlable. Il est temps de briser les chaînes de la peur et de la division pour que la population puisse enfin retrouver sa terre.

La dignité de tout un département est en jeu dans les rues désertes de Mirebalais. Les larmes des déplacés crient justice, et leur regard réclame des comptes à ceux qui ont failli à leur mission. Il est temps pour que la conscience revienne, afin que cette ville, qui fut jadis une fierté partagée, puisse retrouver sa liberté. Que ce 31 mars 2026 soit le dernier jour de notre honte collective.

Juste un clin d’œil !

 

 

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