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Politique

Migration haïtienne : « Être haïtien », loin d’être une fierté, un fardeau à porter jusqu’en enfer?

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Des haïtiens fuyant l’insécurité se trouvent en grandes difficultés hors de nos frontières, plus précisément en République Dominicaine, Turquie et autres. Ils lancent des cris d’alarme sur leur situation dans des conditions inhumaines dans ces pays. Malgré leur crie, le gouvernement, spécialement la chancellerie haïtienne, reste dans son mutisme et méprise les compatriotes.

En raison de la situation actuelle du pays, marquée par l’insécurité, la cherté de la vie, l’instabilité politique et économique, entre autres, des citoyens se trouvent dans l’obligation de laisser le pays pour se réfugier dans d’autres, à la conquête d’une vie meilleure, de la paix d’esprit et de la sécurité.

Jonathan Édouard Fluxon, frise la trentaine, jadis il habitait Duval 8, une zone de la commune de Croix-des-Bouquets. Il y a deux ans de cela, à cause de la dégradation de la situation sécuritaire dans la commune avec les gangs armés, spécialement les «400 mawozo», qui imposent leur loi dans ce quartier, il a dû laisser le pays avec sa famille; direction la Turquie, à la recherche d’un bien-être qu’il tarde à trouver sur sa terre natale.

« Je vivais paisiblement à Croix-des-Bouquets avec ma famille depuis plus de 5 ans. Mais, les autorités m’ont poussé vers la sortie. Je suis arrivé dans un pays où il est difficile pour ma fille et ma femme de s’adapter. Certes, on a trouvé du boulot, mais, hélas, la situation est lamentable pour nous », nous lâche-t-il, d’une voix désolante.

Il nous rapporte que bon nombre d’haïtiens se trouvent dans des situations inexplicables à Istanbul. En plus, pas mal de compatriotes sont en situation illégale ou même emprisonnés, mais les autorités sont aux abonnés absents et n’apportent aucun soutien à ces haïtiens.


« Nous souffrons beaucoup ici, mais nous sommes obligés. Mieux vaut souffrir ici qu’en Haïti, car quand on est légal ici on aura plein d’opportunités. Ici, nous sommes en sécurité, notre famille aussi. Nous travaillons et la nourriture n’est pas un luxe. Tout ce que nous demandons aux autorités, c’est de nous aider à trouver nos papiers, nous supporter »,  poursuit-il.

Si les haïtiens en Turquie se plaignent de leur situation, celle de nos compatriotes en République Dominicaine est d’autant plus brutale et atroce, surtout ces derniers temps. Dans des vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux, nous voyons des haïtiens pourchassés, maltraités, humiliés par des agents de l’immigration, la police et l’armée dominicaines au moment de leur arrestation ou dans les prisons.

Étudiant finissant en Génie civile, Marc-Olivier Alcinor vit depuis plus de 5 ans de l’autre côté de la frontière avec sa petite amie. Indigné par le mauvais traitement dominicain à l’égard des haïtiens, il nous donne une idée du calvaire que vivent nos frères et soeurs là-bas.

« Nos compatriotes sont arrêtés, jetés par la suite, comme des bêtes sauvages, par centaine, dans des véhicules de transport de marchandises, pour être conduits dans des centres carcéraux, avant d’être expulsés en toute violation de leurs droits fondamentaux », nous a-t-il confié.

« Autrefois, les sans-papiers étaient l’unique catégorie visée dans les vagues d’arrestation, suivies de déportation. En ce moment, la réalité est toute autre. Des haïtiens qui disposent des documents d’immigration valides ont été arrêtés, eux aussi, par des agents de la police dominicaine en dépit de tout. Même des haïtiano-américains ne sont pas épargnés de l’humiliation dominicaine. C’est un mouvement plutôt raciste », explique-t-il, tout en déplorant ce qu’il qualifie d’acte de racisme et de haine des autorités dominicaines contre les haïtiens.

Coralie Saint-Cyr est une militante et mastérante en Droit International en République Dominicaine. Elle a déclaré que les femmes et les enfants ne sont pas épargnés de ces mauvais traitements. Elle nous raconte que même les femmes enceintes ne sont exemptes.

« Des femmes enceintes, de nationalité haïtienne, arrivées dans des hôpitaux à Saint-Domingue, ne sont pas pris en charge, sous prétexte que ces accouchements sont un fardeau pour l’Etat dominicain. Des enfants et des femmes enceintes sont expulsés, quoiqu’ils sont légaux. Alors que les autres nations, ils les traitent bien et avec respect », dénonce-t-elle.

Des femmes haïtiennes sont souvent violées, maltraitées, mais le consulat haïtien en République Dominicaine ne pipe mot. Des haïtiens sont tués et sont souvent victimes de violences et d’abus en terre voisine, mais personne ne les accompagne. Elle a toutefois questionné le travail du consulat haïtien en République Dominicaine ou dans d’autres pays, car, soutient-elle, l’ambassade d’Haïti accompagne les gens selon leur nom ou leur titre.

En quoi l’État peut se rendre enfin utile ?

Coralie demande aux autorités concernées de mettre tout en œuvre, afin de venir en aide à la population haïtienne se trouvant en situation difficile en République Dominicaine. Accompagner les sans-papiers en les aidant à trouver leurs papiers au plus vite. Veiller à ce que le droit de nos compatriotes soit respecté, visiter les haïtiens en détention, surveiller sur la manière dont les autorités dominicaines expulsent nos compatriotes sont, entres autres, les recommandations faites par Mme Saint-Cyr. Elle invite le gouvernement haïtien à entrer en pourparlers avec les autorités dominicaines, en vue d’éviter le pire et s’assurer que les conventions en matière de migration signées entre les deux pays soient respectées.

Les autorités haïtiennes ne sont pas innocentes, surtout avec leur comportement. Les citoyens imputent la responsabilité au gouvernement haïtien qui s’engouffre, depuis quelques temps, dans une indifférence totale et abjecte. Aucune note de sympathie, ni d’annonce de dispositions en lien avec cette situation. Les autorités semblent occuper à réaliser d’autres choses plutôt que de se soucier du sort du peuple haïtien, vivant en Haïti ou à l’étranger. Les rapatriements restent dans le droit des autorités, mais dans les même conditions exécrables. Comme toute autre nation, l’haïtien est appelé à vivre dans tous les pays, et l’État haïtien doit s’assurer que leur droit soit respecté. Le citoyen lambda n’est pas une exception du respect de la dignité humaine. Si l’État oublie les citoyens vivants à Cité-soleil, Lasaline, Martissant, Canaan, Croix-des-Bouquets, à bon nombre raisons de fermer les yeux sur un haïtien qui arrive à échapper l’insécurité généralisée, la mauvaise gouvernance, les conditions inhumaines et l’impunité.

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