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Éditorial

Éditorial: Entre gabegie et incohérence, le secteur protestant controversé au carrefour de la politique

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Le droit de se présenter à une élection est un principe démocratique que nul ne peut contester à un citoyen, même s’il s’agit d’un leader religieux. Cependant, l’entrée de certaines figures pastorales dans l’arène politique en Haïti soulève aujourd’hui un débat qui dépasse largement le cadre des lois pour toucher celui de la légitimité morale, face aux dérives de gestion et aux controverses personnelles de ceux qui convoitent le sommet de l’État.

L’aspiration à diriger un pays comme Haïti, dans cette conjoncture, exige une autorité morale indiscutable que la seule onction religieuse ou la popularité médiatique ne peuvent suffire à garantir. Or, une partie du secteur protestant observe avec un malaise croissant des leaders dont le ministère ou la vie familiale font régulièrement l’objet de vives polémiques. Le contraste étant frappant entre les discours de salut national et une réalité pastorale marquée par une gestion pour le moins opaque, on ne saurait décemment prétendre restaurer l’ordre républicain et l’éthique de l’État quand son propre entourage immédiat ou ses pratiques privées reflètent l’instabilité, voire le chaos.

Cette incohérence est d’autant plus flagrante qu’elle s’accompagne d’une exploitation financière qui ne dit pas son nom. Dans de nombreuses assemblées dirigées par des candidats déclarés ou pressentis comme André MUSCADIN et le fameux prophète Mackenson DORILAS, la piété des fidèles est trop souvent transformée en fonds de commerce. Les offrandes et les dîmes, normalement dédiées à l’œuvre sociale et spirituelle, semblent trop souvent s’évaporer dans l’enrichissement personnel de ces «hommes de Dieu», et désormais dans le financement de leurs ambitions de pouvoir.

En conséquence, cette accumulation de richesses sur le dos d’une population appauvrie discrédite toute promesse de justice sociale. La gestion des deniers du culte devient ainsi le miroir inquiétant de ce que pourrait être la gestion des deniers publics, une entreprise de captation au profit d’un clan plutôt qu’un service au bien commun. Cette dynamique de prédation financière et d’ambition personnelle aggrave une fragmentation déjà profonde au sein de la communauté protestante haïtienne.

Au lieu d’être une boussole pour la nation, ces candidatures agissent malheureusement comme des agents de polarisation, divisant les fédérations, les missions et les croyants eux-mêmes. Les critiques internes se multiplient contre cette dérive où l’Évangile est instrumentalisé pour servir un populisme électoral et des intérêts pécuniaires. La division est telle que le secteur, autrefois respecté pour son engagement social, peine à s’entendre sur une vision commune, chaque leader charismatique préférant entretenir sa propre chapelle pour mieux préparer son ascension politique.

À titre d’exemple, le pasteur Maxo JOSEPH, avec son parti politique « Réveil des Citoyens Haïtiens » (RCH) fraîchement créé, se prépare pour les prochaines élections, tandis que de l’autre côté se trouve le trio André MUSCADIN, Mackenson DORILAS et Marcorel ZIDOR, dit « Pasteur Marco », qui se mobilise pour ces mêmes joutes. Cette effervescence électorale au sein du secteur témoigne d’une volonté de conquête du pouvoir qui semble primer sur la mission spirituelle originelle.

Ces leaders religieux, en s’engageant dans l’arène électorale sans avoir préalablement assaini leur propre maison, exposent leurs failles au grand jour. La nation, à ce stade, n’a pas besoin de figures providentielles dont la crédibilité est érodée par des scandales financiers ou des tumultes domestiques, mais de dirigeants capables de prouver leur intégrité par des actes concrets et une vie exemplaire.

À ce carrefour étroit de l’histoire, la politique devient une épreuve de vérité implacable qui ne pardonne aucun décalage entre la sainteté affichée au pupitre et la réalité des pratiques en coulisses. Sans une introspection rigoureuse et une rupture nette avec la gabegie ambiante, ces aventures politiques ne feront que précipiter le discrédit d’une institution religieuse qui fut jadis considérée comme le dernier rempart moral de la société.

Juste un clin d’œil !

 

 

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