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Éditorial : L’inflation des partis, le miroir d’une classe politique haïtienne fragmentée

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La liste du Conseil Électoral Provisoire (CEP) fait état de près de 320 formations politiques qui se disent prêtes à solliciter les suffrages pour les prochaines élections, un chiffre qui donne le tournis. Dans un pays où l’économie est exsangue, et où les infrastructures de base sont à reconstruire, cette prolifération de sigles et de logos interroge. Est-ce le signe d’une démocratie vibrante ou le symptôme d’une pathologie profonde? Ce foisonnement de bannières, loin de rassurer, semble plutôt dessiner les contours d’une nation qui cherche son identité dans l’émiettement, plutôt que dans l’unité d’action.

 

L’histoire récente d’Haïti est jalonnée de ces rendez-vous manqués, où l’intérêt collectif a été systématiquement sacrifié sur l’autel des égos. Depuis la chute de la dictature en 1986, la classe politique semble incapable de produire de grands blocs idéologiques stables et pérennes. Au lieu de voir émerger des courants de pensée structurés, capables de transcender les crises, nous assistons à une atomisation de l’espace public. À chaque tournant décisif, au lieu de la fusion nécessaire au salut national, nous assistons à la scissiparité : les partis se divisent pour des querelles de clocher, les alliances se brisent avant même d’avoir gouverné, et les programmes s’effacent derrière les ambitions.

Cette inflation actuelle n’est que le reflet d’une élite qui, historiquement, préfère être « tête de rat que queue de lion ».

Le passé nous a cruellement enseigné qu’un paysage politique émietté produit inévitablement des parlements ingouvernables et des présidents dépourvus de majorité réelle. Cette absence de socle législatif solide condamne l’Exécutif à une forme d’impuissance chronique. Les échecs des administrations précédentes et les crises plus récentes trouvent souvent leur source dans ces coalitions de circonstance, instables et gourmandes en postes ministériels, qui fragilisent l’État.

Ces alliances de façade transforment la gestion de la chose publique en un éternel marchandage budgétaire et administratif, où la vision à long terme est troquée contre des privilèges immédiats. Cette dispersion des forces vives empêche également l’émergence d’une opposition constructive. Lorsque le débat contradictoire se dilue entre trois cents interlocuteurs, la voix du peuple devient inaudible. L’inflation partisane devient alors un écran de fumée qui masque l’absence de réelles solutions aux problèmes structurels du pays, dont la faim, l’insécurité galopante et l’absence criante de services publics.

« Quand tout le monde veut être chef, plus personne ne veut être serviteur de la nation. »

Face à ce tumulte, le Premier Ministre Alix Didier FILS-AIMÉ se retrouve dans une position délicate. Son rôle n’est pas de juger cette multiplicité, mais de s’assurer qu’elle ne paralyse pas le processus électoral. Le Gouvernement de transition doit garantir un terrain de jeu neutre et sécurisé, alors que chaque petite formation tente de peser de tout son poids. Il s’agit d’éviter que le processus ne se transforme en une foire d’empoigne, où la quantité l’emporterait sur la qualité.

Le véritable enjeu des prochaines élections ne sera pas seulement de compter les bulletins dans l’urne, mais de voir si de cette poussière de partis, pourra enfin émerger une vision commune pour Haïti. Car si le miroir de notre classe politique reste brisé en trois cents morceaux, la reconstruction du pays, elle, restera un puzzle impossible à assembler. Le temps presse et l’histoire ne nous fera pas de cadeau si nous persistons dans cette dispersion suicidaire qui nous éloigne des vrais chantiers.

Il est temps, enfin, pour que la politique cesse d’être une industrie de la division pour redevenir un instrument de développement. Si nous ne parvenons pas à cette maturité collective, les 320 partis d’aujourd’hui ne seront demain que les témoins impuissants d’un naufrage national que personne n’aura su empêcher. La balle est désormais dans le camp des acteurs, pour que l’opportunité de la transition actuelle ne soit pas un énième rendez-vous manqué.

Juste un clin d’œil !

1 Comment

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